Friday 28 July 2023

La 6D-Marathon 2023


On court pafois de-ci de-là, pendant des années, puis un jour on s'inscrit à une course, et on réalise que quelque chose d'incroyable vient de se passer, que notre expérience du Trail vient tout juste de commencer.


Jeudi 27 Juillet / Berlin >> Aime

Je suis quelqu'un d'assez impulsif, qui sait saisir une occasion lorsqu'elle se prĂ©sente. Un week-end de libre, femme et enfants en vacances dans la belle famille, une incroyable opportunitĂ© s'offre Ă  moi: courir mon premier trail de montagne. Un rapide coup d'Ɠil au calendrier, il y en a justement une, et pas des moindres: la 6000D, doyenne des courses trail (33 ans!), au coeur de la Savoie oĂč j'ai grandi et Ă  qui je dois mon amour pour la montagne. Je suis aussi quelqu'un qui croit aux signes, et que rien n'arrive par hasard. Mektoub...


6h du mat, les valises sont bouclĂ©es, direction l'aĂ©roport. Tiens, ça gigote dans le sac Ă  dos, on dirait bien que je ne suis pas seul Salut Cornichon, on joue les passagers clandestins? La petite loutre-doudou que mon fils a laissĂ©e Ă  la maison ne voulait pas rester seul. Cornichon, car je l'ai ramenĂ©e de mon trail dans la Spreewald, d'oĂč c'est la spĂ©cialitĂ©. En plus, outre la couleur on dirait vraiment un cornichon. Allez je t'emmene, si tu promets d'ĂȘtre sage et de laisser mon sandwich tranquille. 



Nous voila dans un avion pour Munich, puis un second pour GenÚve. Aterrisage au dessus du lac avec les sommets enneigés des Alpes en arriere-plan, magnifique.





La suite en train, nous passons rapidement la frontiere pour entrer au pays. Nous voila dans un avion pour Munich, puis un second pour GenĂšve. Aterrisage au dessus du lac avec les sommets enneigĂ©s des Alpes en arriere-plan, magnifique. a sent dĂ©jĂ  le fromage, Ă  moins que ce soit mon sandwich? Un dernier train nous embarque Ă  Aix-Les-Bains, direction Aime. La journĂ©e s'est passĂ©e comme sur des roulettes, et bien sĂ»r, ça ne pouvait pas finir comme ça! A 40km de Aime, le train tombe en panne et je profite de deux heures d'attente dans un wagon non climatisĂ©, avant qu'ils nous remorquent et nous changent de train. Enfin, ça aurait pu ĂȘtre pire (c.f. mon article sur l'Eco-Trail de Paris).


Il est 20h30 quand nous arrivons enfin Ă  la gare d'Aime-La-Plagne. Je fais pas 10 mĂštres avant de tomber sur... un distributeur de fromage! 🧀 Beaufort et Reblochon 24h/24. Vibe la RĂ©publique, et vive la France 😍


Petit coup de fil aux hĂŽtes du gite qui viennent me chercher pour me faire grĂące des 3km de grimpette jusqu'Ă  MacĂŽt. Nous voilĂ  enfin arrivĂ©s, bien installĂ©s, et je profite d'une tasse de thĂ© et du coucher de soleil sur les montagnes. 

Ça te plait Cornichon? Tu veux quel lit? Comment ça le mĂȘme que le mien? Allez au dodo...


Vendredi 28 juillet / J-1, Visite du village expo

Fort de mes experiences passĂ©es, j'ai prĂ©vu une journĂ©e tranquille sur place avant la course, histoire de reposer les jambes (ce que je n'ai pas vraiment fait) et profiter du programme. En effet, la station est en fĂȘte pendant 4 jours, avec un village expo et plusieurs courses organisĂ©es. 




AprĂšs un petit-dĂ©j du tonnerre prĂ©parĂ© par notre hĂŽte Marie-HelĂšne, fine cuisiniere qui fait des merveilles avec la rhubarbe de son jardin, Cornichon et moi descendons Ă  pieds Ă  la station. Le soleil est de la fĂȘte, le ciel est bleu, striĂ© des ombres colorĂ©es des parapentes qui dansent au dessus de l'horizon avant de venir se poser dans les vergers, Ă  quelques mĂštres de nous. Un calme presque religieux baigne la vallĂ©e, trĂšs vite troublĂ© par les clameurs qui montent du centre-ville. La fĂȘte Ă  dĂ©jĂ  commencĂ© !




Je commence par chercher mon dossard oĂč une foule de volontaires souriants nous accueillent. Peu de coureurs, je pense que la majoritĂ© arriveront en fin de journĂ©e, aprĂšs le boulot. Nous voilĂ  ensuite au village 6000D, une vingtaine de tentes alignĂ©es le long d'un tapis rouge. Principalement des vendeurs, avec plusieurs grandes marques reprĂ©sentĂ©es, notamment Raidlight implantĂ©e Ă  Saint Pierre de Chartreuse oĂč j'ai grandi et qui y fabrique d'excellent sacs Ă  dos trail, j'en possĂšde un bien Ă©videmment đŸ„°

Nous faisons un petit tour pour le plaisir, (rapide coup d'Ɠil aux prix, oui oui juste pour le plaisir!). Puis je fais une razzia Ă  la boutique officielle, les produits sont vraiment sympa. Je finis par aller chercher mon cadeau de participation, bof: Un porte dossard, un echantillon de shampoing et 350 pubs. Mais difficile de faire mieux que le Marathon du MĂ©doc qui vous couvre de cadeaux ! En revanche, la vidĂ©o 360 offerte est vraiment sympa, une idĂ©e originale.


Un petit tour par la buvette, salade de riz spartiate, puis direction l'espace dĂ©tente pour une bonne sieste. Je papote avec quelques coureurs qui viennent d'un peu partout. Pas besoin de montagne chez soi pour ĂȘtre un trailer dans l'Ăąme!



18h, Il y a de plus en plus de monde. Cornichon en a marre, on se dĂ©cide Ă  rentrer. J'hĂ©site Ă  chercher un resto, mais je crains l'assiette de spaghetti noyĂ©s dans la crĂšme. J'opte plutĂŽt pour un passage au supermarchĂ© et on remonte au gite avec un paquet de pĂątes. On va se faire notre petite popotte. Les jambes rĂąlent un peu dans la montĂ©e, qu'est ce que ça va ĂȘtre demain!



De retour au gite, j'ai la bonnes surprise de tomber sur 3 autres locataires: Antoine et Alexis deux copains et trailers de longue date, ainsi que RenĂ©, un hollandais qui dĂ©barque tout juste de Utrecht... pour nous coller une raclĂ©e 😆 On y reviendra ! Tous sont inscrits Ă  la mĂȘme course: la 6D Marathon. PlĂątrĂ©e de pĂątes, souvenirs, trucs et astuces, on discute une bonne heure. J'en ressort rassurĂ© sur certains points, tandis que le doute plane sur d'autres. Mais l'heure n'est plus Ă  la rĂ©flexion. Je prĂ©pare mon sac, vĂ©rifie 3 fois que je n'ai rien oubliĂ© puis je me jette dans les bras de MorphĂ©e qui se fait un peu dĂ©sirer... Est-ce que je suis prĂȘt ? Comment va rĂ©agir mon corps demain au dĂ©nivelĂ©, Ă  l'altitude. Est-ce que je passerai Ă  temps les barriĂšres horaires? Cornichon me mord les doigts de pieds, chuuuut !


Samedi 29 juillet / Race day

4:40 - Les vibrations excitĂ©es de ma montre me tirent d'un sommeil bien trop court. Je pense aux coureurs de la 6000D qui doivent dĂ©jĂ  ĂȘtre sur la ligne du dĂ©part. Il y a pas idĂ©e de commencer aussi tĂŽt ! Je m'habille comme je peux, heureux d'avoir tout prĂ©parĂ© la veille, je bourre Cornichon au fond de mon sac et je rejoins mes colocs qui sont dĂ©jĂ  Ă  table. Marie-HelĂšne notre hĂŽte Ă  tout prĂ©parĂ©, le cafĂ© est prĂȘt, on se croirait dans la tente des Ă©lites ! Nous sautons dans la voiture d'Antoine et je remercie le Saint Patron du Trail de pas avoir Ă  descendre Ă  pieds. 


Nous sillonnons les petites rues et abandonnons la voiture prĂšs de la gare. La ville est dĂ©jĂ  en Ă©moi, le dĂ©part de la 6000D vient d'ĂȘtre donnĂ© et les plus courageux sont dĂ©jĂ  en route vers le glacier. Je laisse mon sac Ă  la consigne et c'est le coeur gros que j'y abandonne Cornichon, qui de son cĂŽtĂ© est bien content de ne pas balloter pendant 7h dans mon dos. A tout Ă  l'heure boule de poils, finis ta nuit !




5:30 - Je retrouve mes deux compatriotes sur le thĂ©Ăątre de pierres, juste devant l'Ă©glise romane illuminĂ©e. Les ombres des coureurs s'agitent autour de nous: on vĂ©rifie son matĂ©riel, on passe par le porta-potti pour le pipi de la peur, on fait quelques longueurs de piste pour faire chauffer la machine, puis on rejoint le sas de dĂ©part. La tension monte, Ă©lectrique, enivrante. Le speaker fait monter la sauce, un gigantesque Ă©cran lumineux Ă©grĂšne les minutes, puis les secondes restantes. Une ola agite tous les bras en l'air, plus que 30 secondes... J'ai la tĂȘte vide... Mes doutes, mes peurs, tout a Ă©tĂ© balayĂ© par une excitation Ă  son paroxisme. Plus que 10 secondes... Je lĂšve les yeux vers les sommets que l'on devine dans le jour qui se lĂšve. 3...2...1... MOTEUR, l'aventure commence!



6:00 / Aime La Plagne / 0km, 0m de D+

Nous nous Ă©lançons dans les rues de Aime, aux premiĂšres lueurs de l'aube. Il fait encore frais. Nous suivons la route principale qui nous conduit hors de la ville. La route nous annonce tout de suite la couleur: ça monte ! La plupart ont dĂ©jĂ  sorti les bĂątons, et le clac-clac rĂ©sonne sur le bitume. En ce qui me concerne, j'ai pris les miens, mais je ne m'en suis encore jamais servi. Je les ai juste emportĂ©s lors de mes derniers entraĂźnement histoire de tester oĂč les accrocher, sac ou ceinture, et ĂȘtre sĂ»r qu'ils ne ballotent pas trop. J'attends un peu pour les sortir. Quelques participants courent sans bĂątons, question de goĂ»t !



Nous quittons rapidement la route pour nous enfoncer dans les bois par un sentier assez musclĂ©. De mĂ©moire (j'ai jetĂ© un coup d'Ɠil au tracĂ© hier soir) je me souviens que la premiĂšre grimpette est trĂšs abrupte: 850m de D+ dans les premiers 8km! Il est temps de dĂ©rouler les bĂątons. Je me sens un peu pataud avec, mais mes annĂ©es de ski me font vite trouver mes marques. Je relaxe mes bras et laisse les pointes se planter entre les racines et me hisser vers les hauteurs. Je suis Ă  l'aise, je me cale sur le rythme des autres autour de moi, je double mĂȘme quelques tĂȘtes essoufflĂ©es.



Le soleil franchit soudain la ligne de l'horizon, Ă©blouissant. Toute la vallĂ©e s'illumine, comme un projecteur braquĂ© sur nous. L'air est frais, vivifiant, les montagnes se dĂ©voilent derriĂšre le rideau des arbres. Nous progressons dans un silence presque religieux, chacun est concentrĂ© sur sa respiration, ses pas, les pointes de ses bĂątons. La rĂ©alitĂ© me frappe alors de plein fouet: je suis au coeur des Alpes oĂč j'ai grandis, il y a plus de 25 ans. Sur des sentiers si semblables Ă  ceux que j'ai maintes fois parcourus avec mon grand pĂšre, mon parrain, et tant d'autres qui nous ont quittĂ©s trop vite. Je me sens chez moi, mĂȘme si je suis ici pour la premiere fois.

7:00 / Bois du Tronchet / 4km, 500m

Le sentier se fait plus technique, il senfonce dans la forĂȘt et suis un cours d'eau. Les coureurs se sont espacĂ©s, nous sommes en petits groupes. Je progresse bien, mais je me force Ă  rester concentrĂ© sur le chemin. Nous longeons des petits ravins le long d'un sentier cahoteux et tout faux pas pourrait se rĂ©vĂ©ler fort dĂ©sagrĂ©able. C'est assez nouveau pour moi. MĂȘme si je passe beaucoup de temps en forĂȘt, c'est dans l'ensemble sur des sentiers larges et trĂšs roulants. Il m'arrive souvent de consulter mon portable et rĂ©pondre Ă  un message en courant, impossible ici. Ça me plait: les bĂątons occupent les mains, le chemin occupe la tĂȘte, le portable reste dans la poche ! Par contre j'ai faim et j'attaque rapidement les rĂ©serves. Le ravito est encore loin.




7:30 / La Roche et Piste de Bobsleigh / 8km, 900m

Nous continuons Ă  longer le cours d'eau, passons d'un cĂŽtĂ© puis de l'autre. Je double quelques coureurs tranquilles, puis la forĂȘt s'efface. Nous sommes arrivĂ©s Ă  La Roche, au pied du tĂ©lĂ©siĂšge. Tout est calme, le silence seulement troublĂ© par quelques moto-cross qui rĂ©ajustent le balisage. Les petits chalets nous regardent passer. Une cloche retentit soudain, c'est un groupe de bĂ©nĂ©voles qui nous indique le chemin jusqu'Ă  la piste de Bobsleigh. La voici enfin, long serpent de pierre qui senroule sur lui mĂȘme avant de s'Ă©lever sur le flanc de montagne. 





C'est un des passages mytique de la course que j'attends avec impatience. Ça n'est pas tous les jours que l'on peut gravir une piste de bob, en gĂ©nĂ©ral ça se pratique plutĂŽt dans l'autre sens ! Heureusement, pas de glace aujourd'hui, la pierre est dure et lisse. Je m'Ă©lance dans le boyeau Ă©troit, c'est le moment de dĂ©rouler un peu la foulĂ©e, aprĂšs quasi 2h de marche. La radio fredonne au dessus de ma tĂȘte, que je baisse rĂ©guliĂšrement pour Ă©viter le plafond bas dans les grands virages qui dĂ©forment la piste Ă  la verticale. Faut vraiment ĂȘtre givrĂ© pour faire un sport pareil! Je parle du bob bien sĂ»r đŸ€Ș


Je quitte la piste sous les applaudissement des bĂ©nĂ©voles et le crĂ©pitement des flashs. Je suis peut ĂȘtre le premier, qui sait ! Le soleil a fini de se lever, Ă©blouissant. Petit coup d'Ɠil au portable pour lire les encouragements de la famille qui me suit sur le live trail, et encourager Ă  mon tour mon beau-frĂšre qui s'Ă©lance "aux cĂŽtĂ©s de" Pau Capell et Robert Hajnal sur la Bucovina Ultra Rock, une course au nord de la Roumanie. Mais non je suis pas jaloux! 😭




Je rejoins un groupe ce coureurs Belges qui ont fait le dĂ©placement ensemble. Ça me rassure un peu de ne pas ĂȘtre le seul Ă  venir d'un coin aussi plat qu'une crĂȘpe bretonne! Comme mon coloc hollandais d'ailleurs, oĂč est-il passĂ© celui lĂ  ? La grimpette reprend, les petits sentiers joueurs remplacent le bitume ennuyeux. Et c'est la lente ascension vers la station de La Plagne, notre premiĂšre barriĂšre horaire Ă  franchir avant 10h. Nous marchons d'un pas rĂ©gulier et tranquille, Ă©changeons de brĂšves paroles, nous arrĂȘtons ici et lĂ  pour prendre une photo du paysage. A chaque pas la vallĂ©e se dĂ©voile un peu plus Ă  nos yeux. AprĂšs un grand virage, le sentier s'Ă©lĂšve Ă  nouveau et les bĂątons sont mis Ă  rude Ă©preuve. Nous arrivons enfin en vue de la station oĂč il nous fait redescendre. PremiĂšre Ă©tape de bouclĂ©e!





9:00 / Ravito Plagne Centre / 15km, 1400m

J'arrive au ravito à 9h pile, soit 1h avant la barriÚre horaire. Tranquile, comme on dit dans le Sud Ouest ! Je m'accorde 5 min de pause, le temps de remplir les flasques et manger un morceau. Je me connais, je suis un vrai squatter, je peux passer 15-20 min facile à un ravito, à dévaliser les stocks en papotant avec les bénévoles ! Mais aujourd'hui pas question de laisser les jambes se relùcher avant le sommet. Je tente le saucisson? Allez, pourquoi pas, c'est bien pendant les courses qu'il faut faire des essais non ?




C'est parti pour la derniere grimpette, 5km d'ascension pour gagner le Lac des Blanchets, point culminant de la course. Je fais un check up rapide, tout va bien: les jambes sont en forme, la tĂȘte toujours alerte, pas de douleur particuliĂšre. Ca tire bien dans les mollets, mais jusque lĂ  rien d'inquiĂ©tant. Le paysage est Ă  couper le souffle. La vĂ©gĂ©tation se rarifie et nous avons une vue somptueuse sur la station et la vallĂ©e. Il fait un temps de rĂȘve, aucune trace des oranges prĂ©vus dans la journĂ©e. Croisons les bĂątons !




Je prends une grande bouffĂ©e d'oxygĂšne et je double quelques tĂȘtes essoufflĂ©es. L'altitude est un de mes gros points d'interrogation sur cette course. J'ai encaissĂ© pas mal de dĂ©nivelĂ© Ă  l'entraĂźnement, mais avec des rĂ©pĂ©titions sur la petite colline du parc de Humbolthain prĂšs de chez moi, et beaucoup de marches d'escalier. J'ai lu pas mal de choses sur l'adaptation du corps en haute montagne, mais j'imagine qu'on est plutĂŽt safe Ă  cette altitude. Dans un coin de ma tĂȘte j'espĂšre qu'il va se produire dĂ©clic, que le petit garçon de la Savoie va s'Ă©veiller et trouver ses marques.






10:00 / Lac des Blanchets / 20km, 2364m

Les derniers kilomĂštres jusqu'au sommet sont magnifiques. Nous suivons un chemin tortueux, avec quelques passages oĂč je n'aurais pas aimĂ© me retrouver tout seul de nuit. Nous franchissons le Col de la Grande Forcle et son lac en forme de coeur. C'est fini ? Que nenni ! Une derniere grimpette nous hisse jusqu'au Lac des Blanchets, Ă  2364 m, point culminant de la course. Un scan du dossard, une photo, c'est bon vous pouvez redescendre ! Tout ça pour ça ? Je prends quand mĂȘme une minute pour souffler et admirer la vue. C'est pas tous les jours qu'on gravit la moitiĂ© du Mont Blanc, surtout quand on habite Ă  Berlin!





10:30 / BellecĂŽte / 23km, 1800m

En avant pour la descente, et ça commence plutot sec. Le chemin est Ă©troit, encombrĂ© de pierres glissantes. Mes bĂątons s'accrochent dans les bosquets, je ne sais pas trop comment m'en servir pour amortir ma chute. Rapidement nous arrivons au ravito de Bellecote, oĂč je m'attarde un peu plus, histoire d'ĂȘtre plus lĂ©ger pour la descente. Il y a une super ambiance, les bĂ©nĂ©voles souriants se plient en quatre pour nous, tout le monde nous encourage, ça donne vraiment la pĂȘche. Je me force Ă  repartir, malgrĂ© le fromage et le saucisson, c'est pas encore l'heure de l'apĂ©ro !



Nous quittons la route pour des chemins forestiers plus larges, et je dĂ©couvre les joies de la descente. Je range les bĂątons, ils ne me sont plus d'aucun secours. Ce sont mes quariceps qui prennent le relais, et c'est pas une promenade de santĂ© ! Mon cruel manque d'expĂ©rience en descente se fait sentir. Comment m'adapter Ă  la pente raide? Freiner et contrĂŽler ma vitesse au risque d'Ă©puiser toute mon Ă©nergie et risquer les crampes? Ou lever le pied et me laisser emporter, au risque de trĂ©bucher ou rater un virage ? J'imagine que la solution est entre les deux. J'y vais donc Ă  l'instinct, je laisse mes jambes me guider, comme pendant les longues sĂ©ances d'escaliers, quand ma tĂȘte se mettait en stand-by.



Je me fais doubler par plusieurs coureurs Ă  des vitesses fulgurantes, surtout des filles plus lĂ©gĂšres et plus agiles. Mais aussi par des coureurs de la 6000D, bien qu'ils soient partis une heure avant nous en aient fait deux fois plus de bornes. Nous sortons de la forĂȘt de MacĂŽt, face Ă  la vallĂ©e qui s'Ă©tend loin en contrebas. Un petit ravito nous offre Ă  boire, puis nous entamons la descente sur Montchavin.



12:00 / Montchavin / 32km, 1200m

Nous entrons dans Montchavin et le village des Coches sous le son des cloches que j'adore. Beaucoup de gens sont dehors et encouragent les coureurs. Le ravito est cachĂ© au dĂ©tour des petites ruelles Ă©troites, on le manquerait presque si ce n'est pour la super ambiance. 


C'est la derniĂšre barriĂšre horaire, et pour beaucoup j'imagine la fin de l'angoisse. À partir de ce point, on peut finir Ă  son rythme, sans une Ă©pĂ©e de Damocles au dessus de la tĂȘte. J'ai lu des tĂ©moignages de coureurs qui ont Ă©tĂ© Ă©liminĂ©s pour ĂȘtre arrivĂ©s quelques poignĂ©es de seconde aprĂšs la limite de temps. Ça doit ĂȘtre vraiment dur, aprĂšs tant d'efforts.



Je reprends la route une fois les flasques remplies. J'ai avalĂ© un peu trop de Tucs et de fromage (c'Ă©tait pas du Beaufort, dommage). Bobo au ventre, qui commence Ă  rĂ©clamer un vrai repas. Mais nous ne sommes plus trĂšs loin de l'arrivĂ©e et de la pasta-party ! Les derniers kilomĂštres de forĂȘts sont tranquilles, rien d'exceptionnel. Nous suivons des sentiers boueux Ă  travers des sous-bois aux arbres rares, parfois dĂ©cimĂ©s par les incendis. La route en lacet s'achĂšve sur une piste cyclable qui longe la riviĂšre oĂč des groupes font du rafting. Je double plusieurs coureurs qui ont l'air au bout du rouleau, se forçant Ă  mettre un pied devant l'autre. Cela me rassure, j'ai encore assez d'Ă©nergie pour courir, mon approche prudente et tranquille de la course a portĂ© ses fruits une fois de plus.














13:20 / Aime / 42km, 0m

La piste cyclable se termine à l'entrée d'Aime, dans le virage que nous avons franchi au lever du soleil, qui est maintenant haut dans le ciel et baigne la ville d'une douce chaleur. Le dernier kilomÚtre est féerique, nous entrons dans la ville sous les cris et les encouragements des gens aux terrasses des cafés. Un virage, un autre, encore un... Je débouche au milieu du village expo, sous une pluie d'applaudissements. Mon dossard est scanné et j'entends le speaker prononcer mon nom et me féliciter, tandis que je fais le tour de l'église sur le tapis rouge et rejoins un pÚre de famille qui franchis la ligne en tenant ses deux enfants par la main. Petit pincement au coeur en pensant à ma belle et mes deux loulous qui sont bien loin. J'aurais tant aimé partager cet instant avec eux.






Je franchis la ligne d'arrivĂ©e au bout de 7h et 26min, pour 43km de course et 2100m de dĂ©nivelĂ©. Une grande victoire pour le citaden que je suis et un beau cadeau pour le petit garçon qui a grandit en Savoie et rĂȘve de montagnes toutes les nuits. L'arrivĂ©e est magique, les bĂ©nĂ©voles au top comme tout au long de la course. Un grand bravo et merci Ă  eux ! Je rĂ©cupĂšre mon tee shirt finisher (pas terrible je dois dire, je m'attendais Ă  mieux). Ils n'ont plus la version 6D et m'offrent un modĂšle 6000D, c'est un signe, il va falloir revenir vite :)



14:00 - Je retrouve Antoine et Alexis au village expo, qui ont fini il y a une bonne heure. BiĂšre, plĂątrĂ©e de pĂątes bolognaise, on se raconte notre course. Aucun signe de notre coloc hollandais. Etait-il devant ou derriĂšre ? Je les abandonne enfin. Si il y a une chose que je dĂ©sire plus que tout aprĂšs une telle course c'est ue bonne douche chaude ! Je rĂ©cupĂšre mon sac et un Cornichon surexcitĂ© qui a mangĂ© toutes mes barres de protĂ©ines. Direction le gymnase. Puis je reviens vers l'Ă©glise oĂč sont installĂ©s masseurs et kinĂ©s. Cornichon et moi profitons d'un massage bien mĂ©ritĂ© dispensĂ© par les mains expertes de ChloĂ©e.



16h - Retour Ă  la buvette, j'ai l'estomac dans les talons ! Tandis que Cornichon me pique mes merguez, une petite fille me prĂ©pare une crĂȘpe dĂ©bordant de confiture. Ça commence Ă  aller mieux ! Il ne manque plus qu'une petite sieste ! Mais avant ça, je passe par le stand de Dawa Sherpa et sa fondation Enfants du Nepal, que j'ai repĂ©rĂ© plus tĂŽt. C'est avec grand plaisir que je lui serre la main et qu'il me dĂ©dicace son livre. Un grand champion, finisher du tout premier UTMB. Je ne savais pas qu'il courrait la 6D aussi aujourd'hui. Bizarrement, je ne l'ai pas croisĂ© sur la route !

Je m'installe enfin dans l'herbe, sous les applaudissement ininterrompus de la foule pour les finishers qui arrivent au compte-goutte. Je me sens bien, comblĂ©. Les jambes ne font pas encore mal, le massage a relaxĂ© le dos, la tĂȘte est vide,  le ventre est plein. Je sombre dans un doux sommeil tranquille, bercĂ© par les ronflements de Cornichon.


17:30 - AprĂšs un bref passage par la salle des fĂȘtes pour une confĂ©rence oĂč on Ă©tait cinq, je rejoins le thĂ©Ăątre de pierres pour la remise des prix. On sait jamais, j'ai peut ĂȘtre fini premier ! Le speaker a la voix dĂ©truite Ă  force de crier toute la journĂ©e, les gagnants dĂ©filent sur le podium, les prix passent de mains en mains. Je suis frappĂ© du jeune Ăąge de la plupart des gagnants, souvent en dessous de 20 ans. Le Trail est un sport incroyable, riche de jeunes talents et vieux briscards !

Tout Ă  coup, des voix se mettent Ă  hurler derriĂšre nous. La derniĂšre coureuse vient de passer le virage et se dirige douloureusement vers la ligne d'arrivĂ©e. 14:30 de course pour franchir les 69km et vaincre la montagne. La foule s'enflamme, se lĂšve et applaudis Ă  se rompre les mains. La coureuse rassemble ses derniĂšres forces pour courir les derniers mĂštres. Elle pleure de joie, tandis que le speaker l'entraĂźne vers le podium oĂč on lui rement le prix du dernier coureur, celui qui sonne la fin de la course. Je repense Ă  la Diagonale Des Fous, oĂč l'on acclame autant le premier que le dernier, et je me rĂ©pĂšte pour la milliĂšme fois aujourd'hui que ce sport est formidable.

18:30 - Tandis que l'on récompense enfin les gagnants de la 6000D, et l'incroyable duel qui a opposé Jan Baudet et Baptiste Chassagne jusqu'à la derniÚre minute, le tonnerre retentit et le ciel déverse une pluie torrentielle sur nous. On nous a promis l'orage, il aura attendu les derniers instants de la course pour éclater. Je réussi à me dégotter un chauffeur pour me ramener à la pension, et pas des moindre: la police de la Plagne ! Merci encore mesdames.




20:00 - De retour Ă  la pension, je retrouve mon colloc hollandais. Les deux autres ont dĂ©jĂ  repris la route. Nous partagons une tasse de thĂ© en parlant de la course. Pas Ă©tonnant qu'on ne se soit pas vu, il l'a bouclĂ©e en 4h30, sans bĂątons et en jouant des coudes avec Dawa Sherpa dans la descente. Respect ! Direction dodo bien mĂ©ritĂ© oĂč Cornichon ne m'a pas attendu.

Dimanche 20 aoĂ»t / Retour au bercail 

9h - Je profite de mes derniĂšres heures de vacances devant un bon petit dĂ©jeuner, tome de Savoie et crumble Ă  la rhubarbe ! Merci encore Ă  Marie-HelĂšne et Sylvain pour leur accueil chaleureux. Je descend tranquillement Ă  la gare. Pas trop de courbatures encore, mĂȘme si les quadris sont un peu raides. Ca va venir. 



Train Ă  10:30 pour rejoindre GenĂšve, puis vol pour Berlin. Je serai Ă  la maison dans la soirĂ©e. Sans oublier bien sur de dĂ©valiser le distributeur de fromage et rapporter 1kg de Beaufort et Reblochon. Dieu que j'aime mon pays 😍



Compte-rendu de mission

Tellement de choses Ă  dire sur cette course, qui peuvent finalement se rĂ©sumer en quelques mots: J'ai passĂ© un week-end phĂ©nomĂ©nal, stratosphĂ©rique pour reprendre le terme Ă  la mode ! Premier maratrail de montagne avec un dĂ©nivelĂ© digne de ce nom, tout en restant assez peu technique, au final. Je ne pouvais rĂȘver mieux pour une premiĂšre expĂ©rience. C'Ă©tait surtout pour moi l'opportunitĂ© de dĂ©couvrir une facette incroyable de ce sport que je ne connaissais que dans les magazines et par les images de nos Ă©lites qui nous font vibrer. Enfin, quel plaisir de remettre les baskets en Savoie, pour moi la plus belle rĂ©gion de France, oĂč j'ai grandi et oĂč j'espĂšre revenir trĂšs bientĂŽt. Dans un an peut-ĂȘtre, pourquoi pas, on se retrouve en haut du glacier !



Infos et Liens

Gite et chambre d'hĂŽte Malezan, chez Marie-HĂ©lĂšne et Sylvain